Soulève toi! Je reçois dans ma boîte mail un appel à participation pour ce projet dans le cadre des Futurs de l’écrit ( j’avais écrit des futurs de l’esprit) par l’intermédiaire de la Carrosserie Mesnier. Il est question de Chateaufer sans que je comprenne ce que ça puisse vouloir dire et le projet serait piloté par Uto de utopie je suppose, un plasticien artiste multimédia.
Le thème est la résistance. Le projet mèlerait graphisme, création sonore, vidéo, théâtre d’objet, mise en voix. Une forme d’art interactif et numérique. Ce n’est pas ma tasse de thé mais le thème m’intéresse. Il s’agit d’une performance audiovisuelle participative qui aurait lieu en juin 2017 dans le cadre des Futurs de l’écrit à l’Abbaye de Noirlac. Une invitation à réfléchir et créer autour du thème : Qu’est-ce que résister aujourd’hui?Quelques jours avant de recevoir ce mail je passais justement devant Noirlac, découvrais l’ampleur des travaux et me sentais très attirée par la Ferme qui lui faisait vis-à-vis, une sorte de lieu retiré au goût monastique, que je m’empresse de visiter sur Internet et découvre être une ferme culturelle celle-là même où cette participation à ce projet des Futurs de l’écrit allait m’attirer. Depuis toujours Noirlac est pour moi synonyme de Futur de l’écrit. Écrivaine émérite je me demandais comment entrer en contact avec ce projet. Le message est arrivé dans ma boîte mail.
Le tout audiovisuel et ultra numérique me rebute quelques instants mais le thème «soulève-toi» tout de suite m’emmène. Tout d’abord une opposition: se soulever nécessite 2 points d’appui. J’aurais préféré «Lève-toi!», qui correspond à ma quête de l’éveil.
Se soulever nécessite de se prendre et de se lever. Résister oui mais à quoi?  C’est un appel à la révolte, une interrogation sur la responsabilité. La responsabilité va jusqu’à l’autonomie et en devient finalement synonyme. Être responsable ne plus être consommateur mais devenir des acteurs. Se prendre en charge et puiser aux forces de sa créativité.
Le projet est un appel à  participer à un travail collaboratif à aller vers l’autre. Il pourrait être «Bouge-toi!». Travailler dans un esprit créatif et collaboratif va faire jouer les résonances et les synergies; un beau spectacle des jeux de pouvoir et des querelles, des relations et de leurs résultats.
Quels sont les intérêts en jeu?
S’élever, sublimer l’ordinaire. Le sens des responsabilités évoque l’abandon et la culpabilité.
Faire entendre sa voix. Entendre sa propre voix, le sens pour soi. Être vivant. La vie qui pousse. L’envie. Le projet a-t-il une visée de thérapie collective? Quelle est l’intention, la motivation d’Uto-pie ? Pourquoi questionne-t-il sur l’engagement?  L’époque est au repli, au tout sécuritaire. La responsabilité, l’engagement, sont à l’utopie, la créativité, le désir.
Artaud écrit l’artiste propose une œuvre, je présente mon esprit.
Les anti-psychiatres italiens ont développé l’art d’aider le groupe autour du malade à résoudre la crise de l’intérieur. L’artiste, en l’occurrence par ce projet, en interrogeant sur la responsabilité, l’engagement, peut-il être moteur, déclencheur du désir du spectateur?Être là, c’est déjà s’engager, sortir de soi, faire ensemble. Délitement du lien social. Reonstruction à petits pas.
Se soulever, avoir un but. Agir pour un projet qui a du sens. Quel est le sens quel est le but? L’ ultime question.
Le but, le pouvoir, la connaissance, la réalisation des désirs, la jouissance…
Serons-nous plus engagé à la fin du projet ? Quelles seront les liens qui perdurent ? Que restera-t-il de l’oeuvre. Et du spectateur?l’Œuvre, miroir du spectateur.

L’engagement paraît indispensable à notre sens de la responsabilité. L’indignation quotidienne. Et pourtant une léthargie, une démission. Un sentiment d’impuissance face aux géants. Cependant être là sur un sujet sur l’engagement est déjà un certain engagement. Ou une simple curiosité sur l’état des choses ? Qu’en sortira t-il ?

Le projet ne soulève pas les foules. Deux couples de retraités. Dans l’un, le monsieur est antiquaire, dans l’autre il est ancien combattant. Les femmes accompagnent. Une femme seule, retraitée aussi sûrement, mais ne participera pas. 3 autres personnes peut-être seront intéressées. Mais elles n’ont pas pu venir. La femme de Chateaufer est enthousiaste. Elle monte un projet, une nouvelle vie de Chateaufer, et le voudrait de nouveau engagé. Un drapeau planté, un nouvel appel à la résistance. Résistance contre quoi ? Il n’y a plus de guerre nous dit la retraité solitaire. Résister contre l’ennui, le manque de sens, de participation, réponds Madame Chateaufer, en résonance avec l’ennui de ces jeunes qui subissent les longues années de guerre.
La guerre était la raison de leur ennui.
Aujourd’hui dans une société surdéveloppée en objet de consommation, on ne s’ennuie pas ou presque pas. Personnellement pas du tout. Mais quel est le sens de la vie subie? L’envie est à la participation, à la créativité, à la rencontre, à la joie. Se soulever, sortir de soi, vers l’autre. Pour l’autre. Qui aujourd’hui en a besoin ? Les décalés d’un système qui n’écoute plus leur parole? Les Exilés d’une économie qui les chasse à l’autre bout du monde? Chateaufer, une terre d’asile? J’en suis.

Hélène,
Engagée